Retour à Abidjan, à la 7ème édition du Festibalafons

Comme je vous l’avais annoncé il y a quelques mois déjà, j’ai eu la chance et l’honneur d’être invité en Côte d’Ivoire pour participer à la 7ème édition du Festival International des Balafons.

Ce festival, comme son nom l’indique, est un rendez-vous mondial dans le monde de la musique.

On peut y croiser de nombreux ensembles de balafons bien sûr, mais aussi des chercheurs, des professeurs, ethnologues et ethnomusicologues, acteurs culturels et promoteurs qui se réunissent lors d’un passionnant colloque.

Cette année, le festival a eu pour thème « Traditions – Créativité – Diversité ».
Nous avons abordé balafon chromatique et son enseignement dans le monde. En tant que premier diplômé européen de cet instrument, j’ai eu l’occasion de raconter mon parcours universitaire, mais aussi de découvrir, d’apprendre et d’observer tout ce qu’il se passe en rapport à cet instrument en Afrique. Une étape importante dans mon parcours de musicien.

Cet évènement a été pour moi une expérience très forte. C’était la première fois que j’allais en Côte d’Ivoire. Ainsi je me suis retrouvé dans le tourbillon, la plaque tournante de la musique africaine : Abidjan.

J’aimerai humblement vous raconter l’expérience que j’ai vécu dans la ville qu’on surnomme La Cité de la Joie, et par la même occasion vous partager les rencontres et les évènements que j’ai vécu lors de ce voyage.

 

Premiers pas en Afrique …

Mes premières impressions lorsque j’ai mis le pied sur le sol africain, c’est d’abord le soulagement de respirer de l’air chaud (au mois de décembre c’est agréable !), et la grande joie de retrouver mon ami Ba Banga Nyeck à l’aéroport, accompagné de son compère Sery, qui a été mon guide lors de mon séjour.

Le temps de faire nos retrouvailles, changer la monnaie et se rafraichir, nous voila partis pour le quartier de Cocody, situé au nord-est de la ville, où je passerai la première semaine des festivités.

 

LES ACTEURS DU FESTIBALAFON

C’est une longue et belle histoire qui m’amène sur le sol africain. Une histoire de rencontres, de partage et d’amitié. J’aimerai vous présenter les personnages de cette aventure en commençant par mon ami et maître Ba Banga Nyeck, à qui je dois ma présence au Festibalafon d’Abidjan.

 

 

  • Ba Banga Nyeck

    © crédit photo hypothese.org

    © cat.hypotheses.org

Je l’ai rencontré lors de mes recherches universitaires sur le balafon chromatique et il a été d’une extrême gentillesse et générosité. En plus de me réserver un accueil inoubliable dans son pays d’adoption, Ba Banga m’a aussi ouvert à son réseau musical et a toujours soutenu ma démarche artistique vis à vis du Balafon.

 

Ba Banga expérimentait lui-même le Balafon Chromatique depuis 1998 à Abidjan. Il a fait connaître cet instrument par une série de conférences telles celles en 2003 à l’INSAAC (Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle).

Le festibalafon, c’est lui ! Et ce depuis 7 années déjà. Ba Banga s’engage depuis plusieurs années dans la promotion et la valorisation du patrimoine africain en particulier du balafon chromatique. Ce maestro d’élite est très actif sur le plan international. J’ai eu la chance de partager de nombreuses scènes avec lui, notamment avec le groupe Afro Soull Gang. Je lui dois aujourd’hui le bonheur et le privilège d’avoir rencontré des êtres exceptionnels œuvrant pour la diffusion et la promotion du balafon dans le monde.

Pour la 7ème édition du festival, il a invité tout un panel d’acteurs ayant un rôle dans l’apprentissage et/ou la diffusion du balafon chromatique dans le monde. Chacun a participé au colloque et ce fut extrêmement intéressant de rencontrer :

 

  • Hilaire PANKUI

Mon compagnon de chambre lors du festival, mon coloc’ !

Hilaire PANKUI, fondateur du Rhumsiki Choir Cameroon Rcc, président de Cultura Cameroun et grand ambassadeur du balafon chromatique au Cameroun.

Ce fut une joie de le rencontrer car nous étions déjà en lien par les réseaux sociaux, mais c’était la première fois qu’on se voyait réellement. C’est un sacré phénomène, plein d’énergie et d’entrain. Il a été vraiment très enrichissant aussi bien professionnellement qu’humainement de partager notre quotidien. Hilaire est passionné de culture et il se bat corps et âme pour que le balafon (re)trouve ses lettres de noblesse dans le contexte actuel. Il a été invité au festival afin de présenter son parcours et ses activités liées au balafon. Au Cameroun, le balafon s’appelle le Mendzang. Grâce à Hilaire PANKUI, et son ami facteur Eugène BINON BINON (le premier fabricant de Mendzangs Chromatiques), les ensembles de mendzangs camerounais ont de nouvelles perspectives musicales.

Vous pouvez en découvrir davantage sur sa page Facebook

En 2021, grâce à son travail et sa persévérance, Hilaire PANKUI monte le tout premier festival de Mendzangs Chromatiques : le Nja Nja Mendzang.

 

  • William RAMSAY, enseignant chercheur.

    Jordan, Ba Banga et William

Notre voisin de chambre, que je rencontre le lendemain de mon arrivée, est un vadrouilleur incroyable. Sa vie est constituée de plusieurs vies ! Ce génial musicien a vécu et travaillé entre autres à Berlin, aux États-Unis, en Afrique-du-Sud.Il est le directeur pédagogique et artistique de la Global School Academy de Berlin.

Il a passé de longues années sur le continent africain et connait parfaitement son sujet : l’enseignement des musiques traditionnelles.

C’est un défi d’envergure de proposer un enseignement structuré, passant par l’écrit, de musiques de traditions orales. Pour en connaître davantage sur sa biographie passionnante et sur la Global School Academy (en anglais).

William ne parle pas français et ce fut un réel plaisir et aussi un bel exercice de discuter (en anglais) sur la musique africaine, l’enseignement des musiques de traditions orales, de ses expériences entre l’Europe, les Etats-Unis et l’Afrique, et plus généralement de la vie en elle-même. Une âme libre qui s’est construite en voyageant et en apprenant tous les jours sur la mission d’un musicien ayant la chance de voyager et de transmettre.

 

  • Donatien KONÉ: enseignant chercheur.

C’est avec un immense plaisir que je rencontre réellement (après avoir également échangé via les réseaux sociaux) le grand Donatien KONÉ, musicien professionnel, et professeur de balafon à l’INSAAC : Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle.

Le balafon est présent traditionnellement en Côte d’Ivoire dans plusieurs grands groupes ethniques. Cependant, l’exode rurale, l’éducation obligatoire dans les écoles, et d’autres facteurs sociologiques ont progressivement amené les descendants de ces traditions à migrer vers les grandes villes. Certains y continuent leurs activités traditionnelles dans les cadres communautaires, d’autres ne les continuent que lorsqu’ils peuvent se rendre au village lorsqu’ils en ont l’occasion.

C’est lorsqu’il a fallu étendre ce savoir-faire comme discipline musicale pour tous et hors des communautés, que certains Maîtres balafonistes tels que Aly Keita, Maître Ngolo et autres vacataires ont été recrutés, notamment dans le cadre de l’INSAAC, pour transmettre leur savoir. Ils ont ainsi formé les étudiants de l’École Nationale de Musique, section Musiques Traditionnelles, au balafon traditionnel et diatonique depuis les années 80.

C’est dans les années 2000, à la faveur des expérimentations de Ba Banga Nyeck que le Balafon Chromatique devient un projet à intégrer.

C’est aujourd’hui le professeur Donatien KONÉ qui est responsable de cet engagement. J’ai eu l’opportunité de découvrir son lieu de travail et de pouvoir discuter de son activité, de son enseignement. J’ai pu aussi rencontrer des étudiants, et ressentir la situation actuelle.

 

Quelques mots sur L’INSAAC : Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle

L’INSAAC est donc un établissement extrêmement important pour l’avenir culturel de la Côte d’Ivoire.

Cet établissement académique public est destiné à la formation des artistes et opérateurs du secteur des arts et de la culture en général.

Depuis sa restructuration en 1991, l’INSAAC regroupe quatre écoles, dont un conservatoire de musique. C’est un véritable laboratoire d’idées neuves et une marmite bouillonnante d’innovations culturelles pour la capitale ivoirienne.

Donatien travaille aujourd’hui sur la professionnalisation de ses élèves, en créant un programme d’étude adapté au balafon, dans l’objectif de mettre en place un diplôme officiel pour ses élèves.

En complément de son enseignement, il propose une série de vidéos de coaching musical afin d’affiner son impact dans le paysage musical. Vous pouvez retrouver son travail sur sa chaîne Youtube.

 

 

 

  • Fernand SEKONGO, enseignant-chercheur, politicien.

Titulaire d’une maîtrise d’Histoire obtenue à Paris lors de ses études universitaires, le professeur SEKONGO occupe une place déterminante dans la politique Ivoirienne depuis de nombreuses années. Il est aujourd’hui le conseiller technique en charge du patrimoine culturel en Côte d’Ivoire.

Son intérêt pour les sciences humaines l’a amené à approfondir la connaissance du patrimoine culturel africain à travers la pratique du balafon. Il a été très intéressant d’écouter son analyse synthétique de l’Histoire du balafon en Côte d’Ivoire, notamment en présentant l’ethnie des Sénoufo, présents dans le Nord de la Côte d’Ivoire, principaux utilisateurs de l’instrument dans le pays.

J’étais enchanté de voir qu’avec le professeur SEKONGO, nous nous sommes appuyés sur les mêmes écrits et ouvrage pour étudier l’histoire du balafon. Je connaissais bien les références universitaires qu’il partageait avec le public. Cela m’a permis de réaliser que le travail théorique peut se concrétiser politiquement lors des évènements tels que le « Festiabalafon », auxquels assistent professeurs, musiciens, mais également acteurs culturels ou politiciens.

 

 

  • Alain TAILLY

Notre maître de cérémonie pour ce Colloque International ayant comme thème « Tradition – Créativité – Diversité ».

Il a été exceptionnelle concernant la conduite du colloque. On ressent directement sa grande expérience et son art de manier la langue lorsqu’il présenta et résuma l’intervention de chacun des acteurs de ce débat collaboratif.

Alain TAILLY, c’est l’artiste aux mille facettes :

« Depuis 1997 il navigue dans le paysage culturel ivoirien au travers de plusieurs fonctions : Producteur de musique et manager d’artistes, journaliste, animateur et chargé de communication. Il occupe également les responsabilités de coordinateur du PSIC (Programme de Soutien aux Initiatives Culturelles). Directeur du BURIDA (Bureau ivoirien des droits d’auteurs), conseiller technique chargé des affaires culturelles et artistiques au ministère de la culture et de la francophonie (Côte d’Ivoire). Directeur du centre National des Arts et de la Culture pendant 5 ans depuis 2012. Auteur de plusieurs ouvrages et actions en faveur des arts de la scène et du spectacle vivant. »

Source : infos225

Une personne extrêmement enrichissante. Ce fût un réel plaisir d’échanger avec Alain et de recevoir son sourire jovial et juvénile que seuls les amoureux du monde culturel ont en commun.

 

De manière générale, je remercie tous les acteurs et les partenaires ayant participé de près ou de loin à l’élaboration et la concrétisation du festival.

  • Goethe Institut : Dr. Markus LITZ
  • Institut Français de Côte d’Ivoire  Directeur Délégué : Zie Coulibaly
  • INSAAC
  • Ambassade de Suisse

Ainsi que toutes les personnes que j’ai pu rencontrer lors de mon séjour à qui j’envoie mes plus tendres salutations !

Abidjan, ce fut un enchantement, hâte de retourner vous voir quand cela sera possible. Merci la vie.

 

Et voici un petit extrait de mon premier LIVE EN AFRIQUE !!!! 😀

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